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A lire... Les intellos précaires Par Martine et Anne Rambach |
L'œuvre se présente comme un roman sociologique; d'emblée une complicité naît avec les "autrices" qui nous entraînent dans leur "tribu" des IP, intellos précaires.
Pour elles, les intellos précaires sont la combinaison des intellectuels c'est à dire "tous ceux qui exercent des métiers traditionnellement considérés comme tels, en particulier les métiers qui touchent à l'écriture, à la culture, à la recherche" et des précaires "tous ceux qui ont été exclus ou se sont exclus des statuts qui tiennent lieu de règle dans leur domaine d'activité: salariat en CDI ou fonctionnariat."
Le livre dresse en 13 chapitre, un portrait de cette génération des 25/35 ans sur-diplômée, hyperactive, polyvalente, créative et schizophrène : vie sociale et culturelle très riche et souvent militante mais qui ne mange pas toujours à sa faim, vit sous les toits, et n'a pas toujours les moyens de se soigner.
En effet, les IP vivent de succession de CDD, de piges, de droit d'auteur, de vacation, parfois de RMI, parfois sont payés en nature (en ordinateur ou imprimante…) et arrivent difficilement aux niveaux de cotisations sociales nécessaires pour accéder à la protection sociale : sécurité sociale, chômage, mutuelle et on ne parle même pas de la retraite. "La culture française a les dents gâtées et une mauvaise vue".
Les secteurs d'activités ou " Le podium des exploiteurs " les plus pourvoyeurs d'IP sont le secteur multimédia, la télévision et l'Etat. Sont donc visés la presse, l'édition, l'internet et la recherche.
La critique est acerbe contre les organisations de salariés que sont les syndicats qui ne se préoccupent pas suffisamment de la précarité érigée en système dans certaines entreprises pour le confort des salariés eux-même. Syndicats qui souffrent aussi d'une image poussiéreuse, qui seraient peu ouverts à ses nouvelles sensibilités et notamment aux femmes. Syndicats aussi qui sont organisés autour de l'Entreprise : unité de lieu, d'action et de temps et qui ont des difficultés à permettre une identification à ces travailleurs particuliers, non attachés à une entreprise particulière. Pourtant la demande existerait, pour cette génération militante, par essence.
Le livre est assurément passionnant ; amis salariés nantis, ne l'empruntez pas mais achetez-le pour que nos IP puissent enfin se payer un loyer…
Martine Zuber