Dassault menace la presse et la démocratie

Réuni le 8 avril 2004, le Conseil syndical de l’Union Syndicale des Journalistes CFDT exprime sa plus vive réprobation en ce qui concerne l’évolution économique de la presse française, à Paris comme en région, sous la houlette du groupe Dassault-Hersant-Socpresse.

La montée majoritaire en capital du groupe Dassault au sein de la Socpresse aura à très court terme des répercussions importantes sur de nombreux titres de la presse quotidienne régionale, de la presse hebdomadaire départementale, de la presse nationale, quotidienne et magazine. Quelles sont en effet les contreparties accordées pour Serge Dassault à Philippe Hersant par son groupe France Antilles ?

Cette évolution ne peut être déconnectée de l’évolution propre du groupe Lagardère.

Très concrètement, cette évolution est d’abord mue par des impératifs capitalistiques, même si les utilisations idéologiques ne sont pas absentes.

Ces évolutions renforcent nos inquiétudes vers :

- des économies de moyens (mise en place concertée sur l’ensemble du territoire d’un parc machines au niveau des centres d’impression)

- des économies de personnels : prévision de plans de cessations anticipée d’activité à 55 ans), non remplacements des départs en retraite, réutilisation du travail des journalistes (textes, photos…) au mépris du droit d’auteur des journalistes qui est vidé de son contenu,

- de graves dérives concernant le statut de la presse : généralisation de la presse gratuite par de grands groupes français et européens de presse,

- des modifications substantielles du travail des journalistes (limitation de l’investigation, exacerbation de la polyvalence des journalistes, évolution vers une information tronquée et réductrice).

Ces tendances lourdes nous semblent préjudiciables à plusieurs titres :

- elles sont néfastes à l’intérêt individuel et collectif de l’ensemble des salariés,

- elles mettent en péril un réel exercice du rôle de la presse, un des piliers de la démocratie, en métropole comme dans les Dom-Tom (le groupe France Antilles est l’unique vecteur de presse écrite en Outre-mer, la Socpresse est aussi actionnaire de télévisions locales, comme à Lyon ou à Nantes).

- elles sont une atteinte à l’intérêt national car elles se font au sein d’entreprises vivant de l’argent public (commandes militaires) et donc de l’argent des contribuables.

L’Union syndicale des Journalistes CFDT souhaite que l’ensemble des organisations syndicales et politiques s’empare de cette question et engage une action conséquente contre cette nouvelle phase des concentrations dans la presse.

Paris, le 09 avril 2004