Une cyber-pétition (www.piges.org) datée du 9 mars 2005, demande de ne pas signer l'annexe B de la proposition d'accord sur la formation professionnelle dans la presse écrite, au motif qu'elle exclurait les pigistes de l'application du DIF (c'est à dire en fait s'en remettre à la décision prise par le bureau national du SNJ le 8 mars, pourquoi n'est-ce pas dit ?)
 
Croyant en la bonne foi de ses rédacteurs (et à leur déontologie puisqu'ils sont journalistes), nombre de consœurs et confrères la signent.
Mais la vérité est loin de tout cela !
 
L'accord sur la formation professionnelle concerne, dans toutes ses dispositions, tous les salariés, y compris bien-sûr les pigistes, de même qu'avant lui toutes les lois et accords sur la formation professionnelle.
Mais si les pigistes ne sont exclus d'aucun accord, ils n'ont jamais accès à aucun dispositif :
  • Les pigistes ne sont jamais concernés par le plan de formation.
  • Les pigistes ne peuvent pas bénéficier du Congé individuel de formation depuis plus de 20 ans qu'il existe.
Pourquoi ? Parce qu'il n'y a jamais eu de négociation permettant leur accès à ce droit bâti pour les salariés permanents, non multi-employeurs et dont la durée du travail est définie.
Nous avons agi depuis 10 ans à Médiafor pour que les coûts de la formation soient payés.
En revanche, nous avons un problème légal sur la rémunération. Dans le cadre d'un CIF-CDI, nous ne pouvons pas payer directement le salarié, mais seulement rembourser le salaire à l'employeur. Comme l'employeur refuse de payer un pigiste qui ne pige pas, le paritarisme ne peut rien rembourser ! Ne reste au pigiste qu'à faire un procès à son patron...
 
Les Journalistes CFDT avaient proposé, à plusieurs reprises depuis 1997, de négocier un accord de branche pour que les employeurs cotisent, sans conséquence sur la nature du contrat de travail des pigistes, sur la base du CIF-CDD. Ainsi, Médiafor (comme l'Afdas) aurait pu, comme pour la rémunération des autres CIF-CDD, payer directement les pigistes en formation, sans passer par l'employeur.
Mais cette position n'a pas recueilli l'assentiment intersyndical...
 
DROIT VIRTUEL, PRÉCARITÉ RÉELLE :
NOUS AGISSONS POUR VOTRE ACCÈS AUX DROITS !
 
C'est fort de cette analyse, développée notamment lors de la campagne 2002 des Prud'hommes, que nous avons abordé la négociation sur la réforme de la formation professionnelle.
Sans négociation de modalités pratiques, l'accord ne serait pas applicable aux pigistes.
  • Comment, en effet, calculer le "prorata temporis" des 20 heures du DIF sans définition du temps de travail ?
  • Comment financer les demandes de DIF sans accord de mutualisation des fonds au sein de Médiafor ?
Ces deux questions demandent des réponses spécifiques pour les pigistes, mais pas seulement, car sont également concernés les porteurs de journaux, notamment, qui n'ont pas non plus de définition de leur temps de travail.
L'annexe B a pour objet d'ouvrir ces négociations complémentaires pour passer du droit virtuel à la formation, que donne l'accord mais avant lui la loi du 4 mai 2004, à des modalités effectives d'accès à ce droit.
 
Ne pas signer l'annexe, c'est faire du DIF la même chose que le CIF :
un beau droit qui laisse les mains bien propres à ses négociateurs, mais qui est inapplicable.
 
  • Nous voulons mettre les mains dans le moteur pour ouvrir réellement ce droit aux pigistes, salariés précaires de la Presse que nous avons priorisés parce que nous sommes convaincus que le levier de la formation professionnelle leur est urgent.
  • Nous voulons, par cette négociation, réaborder la question du CIF qui doit être également solutionnée pour les pigistes.
  • Oui, les pigistes sont des salariés comme les autres mais, oui, il faut construire, comme pour tous les salariés discriminés de fait (les femmes, par exemple), des dispositifs adaptés à leur situation réelle pour dépasser les obstacles à l'ouverture effective de ces droits.
 
C'est pourquoi la CFDT signera le 17 mars,
au sein de l'intersyndicale avec la CGT, la CFTC et la CGC,
l'accord et son annexe B.