Avec les membres du Gouvernement, nous venons de tenir un comité interministériel pour la société de linformation, un an après le premier.
- Aujourdhui, nous avons fait le point sur létat davancement de la société de linformation en France et un bilan détape de la mise en oeuvre du programme daction gouvernemental que javais rendu public en janvier 1998.
- Nous avons dautre part pris une série de décisions importantes pour la seconde étape de ce programme daction qui couvrira la période 1999-2000.
A - Je nentrerai pas dans les détails de ce bilan, dont tous les éléments vous sont remis et seront disponibles sur Internet dès lissue de cette conférence de presse.
Quels rappels succincts cependant sur ce bilan détape me semblent utiles
:
1. En un peu plus dun an, le mouvement lancé à Hourtin le 25 août 1997 en faveur de la société de linformation a pris forme.
La presse, généraliste comme spécialisée, sen est dailleurs largement fait lécho et a contribué ainsi à ce débat public que javais appelé de mes voeux à Hourtin.
La France comble progressivement son retard par rapport à ses principaux partenaires, en particulier dans les secteurs de léducation et de linnovation.
Je prendrai quelques exemples.
Dans léducation, le taux de raccordement des lycées et des collèges à linternet a plus que doublé en un an. Pour les collèges, par exemple, il était de 20 % en décembre 1997, il est passé à près de 70 % aujourdhui. Pour les lycées, il est aujourdhui de 90 %.
Le nombre des internautes français a cru de 163 % en un an et 6 millions de français ont utilisé linternet au moins une fois dans les six derniers mois.
La forte mobilisation des professionnels, soutenus par lengagement public, a permis de réunir les conditions pour un décollage des acteurs français du commerce électronique sur linternet.
La priorité donnée à la politique en faveur de linnovation a bénéficié notamment aux secteurs des technologies de linformation. Ainsi, les différentes mesures prises par le Gouvernement permettront que le montant dinvestissement en capital-risque dans notre pays atteigne 3 milliards de francs par an, soit dix fois plus quil y a quatre ans.
Lengagement déterminé du Gouvernement a facilité la prise de conscience et la mobilisation des différents acteurs ; sa politique accompagne et encourage ce développement. La contribution de plus en plus forte des industries et des services de la société de l'information à la croissance et à l'emploi, en particulier pour les jeunes, souligne l'importance de ce choix politique. (la moyenne dâge, dans les nouvelles entreprises françaises du multimédia, est souvent inférieure à 25 ans)
Rapportés à certains de nos voisins, des chiffres, comme le pourcentage dutilisateurs de linternet, montrent cependant que des retards demeurent : les deux années à venir doivent donc se traduire par un renforcement de nos efforts.
2. Létat davancement du programme daction gouvernemental souligne limportance des efforts engagés.
La quasi-totalité des 218 mesures décidées il y a un an ont été mises en oeuvre. L'effort financier consenti par lÉtat pour ce programme représente 5,7 milliards de francs, dont 2,1 milliards en 1998 et 3,6 milliards en 1999.
Chaque ministère a élaboré son programme daction, qui assure dans son secteur la mise en oeuvre du programme gouvernemental et trace des perspectives nouvelles pour les mois à venir. Ils ont été nombreux à lévoquer aujourdhui au cours de la réunion.
Je ninsisterai pas plus avant sur ce bilan, qui traduit une très forte mobilisation des administrations de lEtat. Tous les documents sur létat davancement sont rendus publics, notamment sur le site internet du Gouvernement. Ils sont donc à votre disposition.
Nous avons également fait une nouvelle fois un point sur létat de préparation de notre pays, à cet enjeu essentiel que constitue le passage à lan 2000 des systèmes électroniques. Javais évoqué déjà limportance de ce sujet devant vous, à lissue du précédent comité interministériel, en janvier 1998. Depuis lautomne 1997, le Gouvernement a engagé des actions de sensibilisation nombreuses, et pris des mesures, dont Dominique STRAUSS-KAHN, avec Marylise LEBRANCHU et Christian PIERRET ont présenté, en novembre, le bilan en annonçant de nouvelles mesures. Jinstallerai dailleurs le 3 février le comité national pour le passage à lan 2000, présidé par Dominique STRAUSS-KAHN, qui doit permettre une mobilisation collective accrue, pour que, tous ensemble, nous franchissions avec succès cette échéance.
B - Deuxième point, le programme daction gouvernemental entre désormais dans une deuxième phase, qui doit se déployer sur les deux prochaines années (1999 et 2000).
Nous avons retenu quatre axes prioritaires :
1 - les enjeux juridiques,
2 - la culture,
3 - ladministration électronique,
4 - les enjeux sociaux et territoriaux.
1 - Les enjeux juridiques, dabord.
Avec la généralisation progressive de lusage des technologies et des réseaux dinformation, les conditions de garantie de la protection de la vie privée et de la sécurité des transactions deviennent déterminantes. Elles supposent, comme la souligné le récent rapport du Conseil dÉtat, une adaptation de notre droit.
Le Gouvernement a donc décidé de présenter au Parlement un ensemble de propositions relatives au document numérique et à la signature électronique (a), à la protection des données personnelles (b) ainsi quà la cryptologie (c).
Et je voudrais rendre ici hommage au travail considérable accompli par le Président Jacques FAUVET au cours de ses trois mandats à la tête de la CNIL.
Nous avions, il y a un an, franchi un premier pas vers la libéralisation des moyens de cryptologie. Javais annoncé alors que nous en franchirions un autre ultérieurement. Le Gouvernement a, depuis, entendu les acteurs, interrogé les experts et consulté ses partenaires internationaux. Nous avons aujourdhui acquis la conviction que la législation de 1996 nest plus adaptée. En effet, elle restreint fortement lusage de la cryptologie en France, sans dailleurs permettre pour autant aux pouvoirs publics de lutter efficacement contre des agissements criminels dont le chiffrement pourrait faciliter la dissimulation.
Pour changer lorientation de notre législation, le Gouvernement a donc retenu les orientations suivantes dont je me suis entretenu avec le Président de la République :
- offrir une liberté complète dans l'utilisation de la cryptologie ;
- supprimer le caractère obligatoire du recours au tiers de confiance pour
le dépôt des clefs de chiffrement ;
- compléter le dispositif juridique actuel par l'instauration d'obligations,
assorties de sanctions pénales, concernant la remise aux autorités judiciaires,
lorsque celles-ci la demandent, de la transcription en clair des documents
chiffrés. De même, les capacités techniques des pouvoirs publics seront significativement
renforcées et les moyens correspondants dégagés.
Changer la loi prendra plusieurs mois. Le Gouvernement a voulu que les principales entraves qui pèsent sur les citoyens pour protéger la confidentialité de leurs échanges et sur le développement du commerce électronique soient levées sans attendre. Ainsi, dans l'attente des modifications législatives annoncées, le Gouvernement a décidé de relever le seuil de la cryptologie dont lutilisation est libre, de 40 bits à 128 bits, niveau considéré par les experts comme assurant durablement une très grande sécurité.
2 - Notre seconde priorité est la culture.
Renforcer la présence internationale de la France sur linternet suppose en effet un fort développement du secteur de la création des contenus et des services qui doit être soutenu, et par une large diffusion des oeuvres de notre patrimoine culturel.
Laction en faveur des usages culturels de linternet et du multimédia participe de la démocratisation du réseau, en combattant les phénomènes dexclusion de la société de linformation.
Le Gouvernement a adopté un ensemble de propositions issues du rapport que ma remis le Député Patrick BLOCHE en décembre. Jen citerai simplement quelques-unes, Catherine TRAUTMANN pourra vous en dire plus :
3 - Le chantier de ladministration électronique constitue un des leviers essentiels de la réforme de lÉtat. Les projets ministériels seront poursuivis. Un accompagnement budgétaire spécifique sera mis en place, qui devra trouver une traduction dans la loi de finances de lan 2000.
- le déploiement opérationnel de lintranet inter-administrations, dont
létude est lancée, débutera à lautomne 1999 ;
- la mise en réseau des services déconcentrés de lÉtat, qui sera généralisée
sur lensemble du territoire en deux ans ;
- une vaste opération de formation aux nouveaux métiers du multimédia, pour
pallier les pénuries de compétences humaines spécialisées. Elle vise à former
en deux ans 5000 nouveaux spécialistes au sein de lEtat.
Pour accélérer la réalisation de ces projets, le Gouvernement a décidé pour 1999 un doublement des moyens interministériels consacrés à la modernisation technologique de lÉtat, qui seront portés à 130 millions de francs.
4 - Notre quatrième priorité, les enjeux sociaux et territoriaux, revêt à mes yeux une importance particulière, parce qu'une société de l'information solidaire na de sens que si elle permet l'accès de tous aux technologies et aux réseaux d'information.
En dépit de la baisse du coût des matériels et des communications et d'une croissance rapide du taux d'équipement, l'inégalité sociologique et géographique dans l'accès aux réseaux d'information demeure une réalité.
L'émergence de nouveaux réseaux concourt au développement des télé-activités, à lenrichissement des offres, à la compétitivité des territoires et à l'emploi. Les collectivités locales doivent donc pouvoir, en cas de carence des acteurs du marché, installer des infrastructures modernes et les mettre à la disposition des opérateurs de télécommunications.
Mais elles nont pas vocation à devenir elles-mêmes des opérateurs de réseaux de télécommunication ouverts au public. Elles doivent respecter les règles du droit de la concurrence, en évitant toute discrimination entre les opérateurs, ce qui suppose une tarification transparente et assise sur les coûts.
Le Gouvernement entend étudier rapidement les éventuelles modifications à apporter aux textes en vigueur afin de donner la meilleure sécurité juridique aux acteurs concernés. Il présentera ses conclusions prochainement.
Il convient de veiller à concilier la baisse des prix, souhaitable, et le respect de la concurrence, nécessaire pour préserver la liberté de choix des consommateurs.
Le Gouvernement a saisi il y a un mois lautorité de régulation des télécommunications en ce sens. Il se félicite que celle-ci organise dès la fin du mois de janvier une large concertation avec les opérateurs, les fournisseurs d'accès et les associations, afin de trouver une solution dans l'intérêt de tous.
Jattends que cette concertation permette daboutir prochainement à des nouvelles propositions tarifaires plus favorables aux internautes.
Voilà, présentées dans les grandes lignes, les nombreuses décisions que le Gouvernement a prises aujourdhui. Ses quatre priorités, vous le comprenez, représentent un programme de travail considérable.
Dautres rendez-vous ponctueront cette année. Parmi eux, je citerai pour le premier trimestre :
- les assises du commerce électronique le 4 février, organisées par Dominique STRAUSS-KAHN ;
- et la Fête de linternet, qui se déroulera du 19 au 21 mars et à laquelle le Gouvernement a apporté son soutien dès lorigine. A la suite dune proposition que nous avons faite à la Commission européenne, la Fête sétendra dailleurs cette année à lEurope. A la suite dune lettre de Catherine TRAUTMANN au Président Jacques SANTER.
Mesdames et messieurs, la France est désormais résolument engagée dans la société de linformation. Notre pays dispose de nombreux atouts pour réussir définitivement son passage à cette forme de modernité. En 16 mois, beaucoup a déjà été fait ou entrepris en ce sens.
Comme vous pouvez le constater, le Gouvernement continue à y travailler activement.